"Toute tentative pour sonder l'avenir tout en affrontant les problèmes du présent devrait se fonder, je le crois, sur l'étude du passé." Robert DARNTON, Apologie du livre, demain, aujourd'hui, hier, Gallimard éd., 2011.

lundi 27 février 2012

Avatars et personnages de romans, la conférence !

"Un avatar est un personnage représentant un utilisateur sur Internet et dans les jeux vidéo." (Wikipédia). Nous savons tous ce qu'est un personnage de roman.
 A partir de l'exemple de Dyl, héroïne de son roman de SF : Thanatos. Les Récifs. (téléchargeable gratuitement ici), et qui prit vie sur Second Life, Yann Minh, écrivain de science-fiction, artiste vidéo et réalisateur transmédia, donnera une conférence exceptionnelle sur les rapports entre avatars et personnages de romans, le vendredi 09 mars 2012 à 21H15 dans l'auditorium de l'incubateur MétaLectures que j'ai lancé ce 1er janvier 2012 en partenariat avec Francogrid.

Pour participer à l'aventure voir ici

dimanche 26 février 2012

Semaine 08/52 : Je est une bibliothèque

Durant l’année 2012 j’ai décidé de publier ici même chaque semaine un billet exprimant mon ressenti personnel sur la semaine précédente, dans la perspective, bien évidemment, des problématiques de la prospective du livre et de l’édition.
Ce post est donc le 08/52.
 
Cette semaine j’ai une nouvelle fois eu l’occasion de m’exprimer devant un auditoire de bibliothécaires et j’ai pu, une nouvelle fois, juger leur intérêt pour la prospective du livre et constater que ce sont certainement, de tous les acteurs de l’interprofession du livre, ceux qui, étant le moins soumis aux contraintes du marché du livre, sont le plus ouverts à ses mutations. (Nous pouvons d’ailleurs le constater dans les blogs et sur les réseaux sociaux…)
Avec les lecteurs, les bibliothécaires sont je pense ceux chez lesquels l’avenir du livre pourra tracer sa voie, alors qu’il ira en se (con)fondant dans l’abrutissement collectif des médias de masse avec les mastodontes du numérique, de la téléphonie, et autres de la grande distribution.
  
Le volume, ce ferment…
  
(Clin d’œil au fameux : "Le livre, ce ferment", dernier chapitre de L’apparition du livre, de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin ;-)
Comme l’exprime Alberto Manguel dans son remarquable essai, que nous devrions tous relire : La Bibliothèque, la nuit (Actes Sud éd., 2006), et précisément dans la troisième partie de son ouvrage : "UN ESPACE" : « Pourtant, les deux bibliothèques – celle de papier et l'électronique – peuvent et devraient coexister. » (p. 79).
Oui, il est bien question d’espace (et même de grands espaces) dans le livre et la lecture.
 
Si le volume du livre n’existe que par l’empilement des feuilles de papier (l’acte d’empiler, des pierres ou des papiers, est archétypal chez l’espèce humaine il me semble), le lu en lui, est multidimensionnel, parfois aux limites de l’universel, et il perd en perspectives cet objet de la lecture, pris au piège dans les deux dimensions, plates, largeur et longueur, des pages, tout comme des écrans.
 
De la Tour de Babel à la Bibliothêkê, des coffres de bois dans lesquels on rangeait les volumes, aux tours de la BnF, et aujourd’hui aux fantasmes d’un "livre dématérialisé", quel lien ?
 
(Ces quatre tours de la BnF, c’est un mensonge de prétendre le contraire, ne ressemblent absolument pas à des livres ouverts.)
(Le livre dématérialisé, dans le nuage (cloud) ah ? Mais il n’y a pas de livres dans les nuages, juste des gouttelettes d’eau ou des cristaux de glaces, il n’y a pas de lettres, il n’y a pas de mots, et les centres de traitements des données (data centers) sont d’imposantes structures matérielles, consommatrices d’énergie, des (cybers) bibliothèques mutantes.)
 
Excepté les livres de pierre (l’architecture et la sculpture) les écritures se seraient toujours développées en deux dimensions (si je laisse de côté les écritures cunéiformes en creux dans l’argile) alors que nous lisons, j’entends par là que nous concevons imaginairement ce que nous interprétons des signes lus, en relief, en volume (on dirait aujourd’hui en 3D, mais encore y-a-t-il certainement d’autres dimensions que purement physiques…).
 
Ce 22 février j’ai noté avec intérêt la résonnance d’un post de Frédéric Kaplan (Bookworld : un monde où chaque ville est un livre : « Dans Bookworld, chaque livre est une ville. Le quartier downtown regroupe symbolise la structure de l’ouvrage. Chaque chapitre est une tour plus ou moins haute, la structure du livre définit ainsi une “skyline” unique et caractéristique de son organisation. Tout autour de ce quartier central, des faubourgs présentent les découvertes faites par des lecteurs… ») avec les réflexions que je développe depuis quelques années en prospective du livre.
  
Je suis un bipède, un (dé)lire sur pattes
  
Vous aussi. Nous tous. Mais quel lien alors, entre un empilement de pierres et une "dématérialisation du livre" ?
 
Que faut-il délier ou dé-lire dans l’histoire du livre et de la lecture ?
 
Le fil est je pense le suivant : acquisition de la bipédie => acquisition du langage articulé => invention des écritures => lecture => "et maintenant que vais-je faire ?" (2012).
 
La réflexion collective que nous avons amorcée en petit nombre le vendredi 24 février 2012 de cette semaine, autour de Vincent Mignerot sur l’incubateur 3D MétaLectures, sur le sujet des rapports entre les synesthésies et la lecture s’inscrit dans cette tentative d’écrire le chapitre suivant de notre histoire.
 
J’ai également appris incidemment cette semaine (mais le hasard existe-t-il ?) qu’un programme de lecture des pensées permettrait de traduire l’activité du cerveau en mots.
« Les scientifiques ont enregistré des fragments de pensées de personnes, en décodant l’activité cérébrale provoquée par les mots qu’ils entendent. Le remarquable exploit a donné aux chercheurs une vision nouvelle sur la façon dont le cerveau traite la langue et soulève la perspective alléchante d’appareils qui pourrait donner une voix aux personnes rendues muettes. Encore à ses débuts, le projet ouvre la voie à des implants cérébraux qui pourraient surveiller les pensées d’une personne et prononcer des mots et des phrases alors qu’ils sont imaginés. Ces dispositifs pourraient transformer la vie de milliers de personnes qui perdent la capacité de parler à la suite d’un accident vasculaire cérébral ou d’autres conditions médicales. » (Source). L’information doit être prise avec réserves, mais elle témoigne nonobstant d’un intérêt persistant, voire grandissant, des neurosciences pour les processus de la lecture.
  
Par exemple, si les neurones miroirs s’activent à la lecture de certaines scènes de romans, alors où finit la fiction ?
 
La lecture (synesthète ou pas) permettrait-elle (permet-elle) d’accéder à une sensibilité augmentée ? (L’expression « sensibilité augmentée » est d’Anne Astier, ce vendredi soir).
   
Aujourd'hui, alors qu'en 2012 nous avons entamé la dernière décennie de la séquence des e-incunables (si nous acceptons l'hypothèse 1971-2022) personne ne peut affirmer, face à l'évolution accélérée des technologies d'affichage, face à la volatilité des données numériques et à leurs fortes potentialités d'avatarisation, dans des objets (internet des objets) ou des projections d'internautes (sur le métavers notamment), face à la montée en puissance de la 3D et du transmédia, personne ne peut raisonnablement affirmer que la lecture va rester l'activité que nous appelons aujourd'hui "lecture".
Lire est plus vaste que lire du texte noir sur blanc, sur papier imprimé, ou sur papier électronique, ou sur écran.
    
Je sais pertinemment que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement (Cf. Boileau), mais, en l’occurrence, les mots pour le dire me viennent trop aisément, et sans doute est-ce pour cela que je ne parviens pas à la clarté nécessaire pour chasser les ténèbres des préjugés et de la dictature douce de la société du spectacle.
Je défriche.
Mais vous ? Savez-vous ce que vous faites en ce moment précis, en cet instant même où je vous apostrophe ?
Avez-vous une claire conscience de ce qui est en jeu ?
Vous rendez-vous compte de ce que vous déchiffrez ?
  
Les grands cimetières sous les livres…
  
Ce n’est pas sans raison que j’ai intitulé l’opus de cette semaine : « Je est une bibliothèque ».
Ce n’est pas sans raison que j’avais mis en exergue de mon livre : De la Bibliothèque à la Bibliosphère, cette citation de Charles Dantzig : « La bibliothèque est le seul concurrent des cimetières. » (Pourquoi lire ? Grasset éd., 2010).
L’expression : « Je est une bibliothèque » résume l’odyssée que je dessine dans mon livre : de la bibliothèque qui contient les livres, au livre qui contient les bibliothèques, et, un jour…, la lectrice, le lecteur qui contient le livre qui contient les bibliothèques.
Nous y sommes presque.
Technologiquement c’est déjà possible.
Il s’agirait simplement de pouvoir tous jouir de notre liberté d’accès aux biens culturels universels que sont les livres.
 
Mais il y a un quart d’heure à peine, j’ai voulu voir ce que je pourrais, librement et légalement, télécharger d’André Gide.
Résultat : "Téléchargement interdit dans l'Union européenne et la Suisse (filtre géographique basé sur l'adresse IP)".
Qui veut mes derniers petits sous pour que je puisse relire Gide ?
Que la honte soit sur eux.
Je est une bibliothèque en marche et continuera d’avancer.
 
Bibliographie
La Bibliothèque, la nuit, Alberto Manguel.

samedi 25 février 2012

Synesthésies et lecture

Vincent Mignerot a présenté hier soir sur l'incubateur MétaLectures son Projet Synesthéorie. Il y présentera le vendredi 30 mars 2012 une conférence sur les rapports entre les synesthésies et la lecture.
Cette approche s'inscrit dans une suite logique à la direction que j'indiquais ici même dans mon post du 1er septembre 2011 : Retour à une lecture hallucinatoire ?
J'y rappelais notamment ce passage d'Une histoire de la lecture, d'Alberto Manguel, lorsqu'il signale à ses lecteurs que le psychologue américain Julian Jaynes a émis l’hypothèse que : « Lire pendant le troisième millénaire avant notre ère revenait […] à entendre les cunéiformes, c’est-à-dire à imaginer le discours de façon hallucinatoire en regardant les signes qui le symbolisent, plutôt qu’à reconnaître visuellement les syllabes de la façon qui est la nôtre. ».
   
Aujourd'hui, alors qu'en 2012 nous serions dans la dernière décennie de la période des e-incunables (si nous acceptons l'hypothèse 1971-2022) personne ne peut affirmer, face à l'évolution accélérée des technologies d'affichage, face à la volatilité des données numériques et à leurs fortes potentialités d'avatarisation, dans des objets (internet des objets) ou des projections d'internautes (sur le métavers notamment), face à la montée en puissance de la 3D et du transmédia, personne ne peut raisonnablement affirmer que la lecture va rester l'activité que nous appelons aujourd'hui "lecture".
Lire est plus vaste que lire du texte noir sur blanc, sur papier ou sur papier électronique ou sur écran. 
  
Pour suivre le développement de cette réflexion collective sur les rapports entre les synesthésies et la lecture, et voir la vidéo projetée hier soir dans l'auditorium MétaLectures / Francogrid (photo) :  Des possibles apports de la synesthésie pour comprendre la lecture...
 

vendredi 24 février 2012

Ouvrir les yeux sur le passage à l'édition numérique

J'ai eu le plaisir hier d'intervenir pour le compte du Conseil général et de la Bibliothèque départementale de l'Aisne à la médiathèque l'Oiseau Lire, à Tergnier, pour une journée de formation sur le thème : "Le livre électronique".
L'occasion, devant une salle pleine, attentive et participante, d'exposer dans leurs grandes lignes les caractéristiques et les enjeux de ces années 1971-2022 (?) d'e-incunables que nous traversons tant bien que mal, et de bien distinguer les dispositifs de lecture utilisant la technologie d'affichage de l'encre et du papier électroniques des autres gadgets technologiques.
 
L'occasion aussi de mettre en garde les bibliothécaires contre les arnaques des industries numériques du divertissement de masse, d'attirer leur attention sur "les dangers du livre électronique" justement pointés par Richard Stallman, de les avertir de ce à quoi ils s'engagent en achetant une tablette de type Kindle, par exemple, en résumé : de leur ouvrir aussi les yeux sur les aspects négatifs du passage de l'édition imprimée à l'édition numérique, où les atteintes à la liberté des lecteurs se multiplient et où les auteurs qui ne sont pas "bankables" ne sont pas davantage respectés.
 
Illustrations : D.R. "Picardie en ligne".

lundi 20 février 2012

Nouvelle initiative sur MétaLectures : présentation du Projet Synesthéorie...


La vidéo de la soirée d'inauguration du 10 février 2012,
"De la narration linéaire à la narration multidimensionnelle"
par Anne Astier




Introduction à la Prospective du Livre

J'ai eu samedi dernier, 18 février 2012, le plaisir de présenter une rapide "Introduction à la Prospective du Livre" à quelques parents, étudiants et futurs étudiants, et enseignants de l'école supérieure ESTEN, dans le cadre d'une des journées portes ouvertes.
  
J'ai débuté cette intervention en précisant que l'innovation avait toujours été motrice, tant pour l'invention des écritures, que pour le perfectionnement des dispositifs de lecture. Assertion que j'ai ensuite illustrée, avant d'expliquer en quoi et pourquoi nous pouvions nous considérer comme étant depuis juillet 1971 dans la période des e-incunables, et quels niveaux de mutations nous pouvions discerner.
J'ai en somme développé "l'équation" suivante : ["Digitalisation" [numérisation] du livre] = [Métamorphose des livres en tant que contenants] + [Volatilité du livre en tant que contenu] = X (vers lequel nous allons).
 
L'occasion aussi de redéfinir le prospective du livre :
"L'étude des évolutions et des mutations des livres conçus en tant que dispositifs de lecture dans une dimension transhistorique, c'est-à-dire en les considérant comme des interfaces lecteurs/livres."
De redéfinir la prospective de l'édition :
"La discipline qui s'attache à expliciter et à représenter les transformations et les nouvelles formes d'organisation socio-économiques dans le secteur du livre et de son marché, afin d'y appliquer des stratégies de développement adaptées et de concevoir de nouveaux processus de fabrication et de diffusion."

J'ai distingué trois marchés (du livre imprimé / du livre numérisé / du livre numérique) avant de conclure que, bon gré mal gré, aujourd'hui l'édition évolue et qu'elle doit expérimenter et innover pour conquérir et séduire de nouveaux lecteurs.

L'ESTEN Tours - Ecole Supérieure des Techniques de l'Edition Numérique, est l'un des très rares établissements à former les professionnels de l'édition numérique.
La prochaine journée portes ouvertes aura lieu le 17 mars (informations sur le site de l'école).
  

dimanche 19 février 2012

Semaine 07/52 : Darwinisme vs "germanopratisme"

Durant l’année 2012 j’ai décidé de publier ici même chaque semaine un billet exprimant mon ressenti personnel sur la semaine précédente, dans la perspective, bien évidemment, des problématiques de la prospective du livre et de l’édition.
Ce post est donc le 07/52.
  
Cette semaine fut chaotique.
Le biotope du livre a été secoué, accès de fièvre, convulsions.
De quoi s’agit-il ? Principalement d’un projet de loi sur les œuvres indisponibles, mais qui ne sont pas pour autant dans le domaine public, et du fait que légaliser la commercialisation de ces écrits se ferait au bénéfice de "l’establishment" en place et, en partie tout au moins, au détriment des droits de leurs auteurs. Il s’agit aussi d’atteintes à la liberté et au respect des lecteurs, du fait, entre autres, que nos amis québécois puissent librement (gratuitement) et en toute légalité avoir accès à l’œuvre d’Albert Camus, alors que les lecteurs français doivent pour cela rétribuer des familles qui n’ont pas écrit une ligne de Camus. Il s’agit également du conflit qui a éclaté vendredi 17 février entre la maison Gallimard et l’éditeur numérique Publie.net (là aussi autour d’une question de droits d’exploitation).
   
Saint-Germain-des-Prés en état de siège ?
 
Les us et coutumes du marché du livre imprimé ne peuvent pas s’appliquer à des textes numérisés.

Comme je le dis toujours dans mes cours et lors de mes conférences, ce que nous constatons, durant cette période des e-incunables dans laquelle nous sommes entrés depuis juillet 1971 et que nous pouvons nommer "digitalisation" (ou numérisation) du livre, c’est que cette dernière s’exprime dans l’addition de deux phénomènes : d’une part, la métamorphose du livre en tant que contenant, d’autre part, la volatilité des livres en tant que contenu.

De plus, la mondialisation du commerce et la multiplication extraordinaire des liens interpersonnels par les outils de communication et les réseaux sociaux, rendent impossibles les barrières artificielles des frontières étatiques, administratives. Seules les langues peuvent rester des obstacles naturels (mais les logiciels de traduction instantanée s’améliorent de jour en jour et nous pouvons aussi nous attendre à l’émergence du développement et de la mise en ligne de traductions spontanées par des internautes avisés. François Bon a-t-il, là, ouvert une brèche avec sa traduction du Vieil homme et la mer, d’Hemingway ?).
 
L’Ancien Régime des héritiers de l’édition française entend le glas sonner au clocher de l’abbaye.

Les catalogues prestigieux des plus grandes maisons sont maintenant perçus comme un bien commun, que le vulgum pecus des lecteurs vient réclamer comme le peuple venait réclamer du pain à Versailles.

Je repense aux conférences de Jean-Michel Billaut : « comme par le passé, une nuée de barbares se ruent contre ces empires en utilisant les nouvelles technologies de l'Internet. Leur objectif est simple : devenir empereurs à leur tour. Comment ? En apportant à la demande (les consommateurs) [les lecteurs] une plus grande valeur ajoutée que celle permise par les empereurs traditionnels avec leurs "vieilles technologies". […] Nos empereurs traditionnels ne vont certes pas se laisser faire. Ils vont essayer de barrer la route à ces barbares, en essayant d'intégrer eux-mêmes ces nouvelles technologies. Mais ce n'est jamais simple de changer de mentalités (car ils sont organisé en silo, alors que l'Internet permet une grande transversalité), ce n'est jamais simple de mettre à la poubelle des investissements pas toujours amortis... Pour l'instant, nos empereurs ont réussi à contenir la première vague de barbares, qui est parti "en bulle"… » [le texte est de novembre 2004, la seconde vague déferle, les barbares ont levé des troupes, le peuple en partie - des lectrices, des lecteurs…, les ont rejoints (oui, relire ainsi de toute urgence pour comprendre ce qu’il s’est passé cette semaine dans l’édition française : Emperors versus Barbarians).]
Même si extérieurement rien n’est visible, Saint-Germain-des-Prés se barricade.
 
Pendant ce temps l’histoire s’écrit...
 
Ce même vendredi 17 février 2012, alors que la blogosphère francophone s’agitait et que la maison Gallimard réagissait par tweets (qui l’aurait imaginé il y a quelques années !) j’étais en discussion avec quelques artisans du monde et de la nouvelle civilisation qui émergent.
 
Nous discutions à un angle de rue, face à l’église, non pas de Saint-Germain-des-Prés, mais de Laroque, petite commune aux portes sud des Cévennes, sur les rives de l'Hérault.
Avec moi, Jenny Bihouise, psychosociologue praticienne des mondes "virtuels" 3D , l’artiste numérique Anne Astier, l’artiste multimédia et auteur de science-fiction Yann Minh, Olivier Nerot, de la galerie d’art digital H+ à Lyon.
Pendant que nous discutions ainsi, en fait sur l’espace parallèle de Francogrid au même endroit des gens, des automobilistes, passaient dans le Laroque physique.
Cela peut certes relever du domaine du "jeu sérieux" (serious game), seulement, deux jours avant j’avais appris, "comme par hasard", que Google prototyperait des lunettes à réalité augmentée. D’autres y travaillent eux aussi. Un jour, de telles lunettes nous équiperont, mais, également, elles nous permettront de nous voir et d’interagir entre monde physique et monde numérique. Le Laroque sur les rives de l’Hérault et le Laroque sur Francogrid ne feront qu’un.
  
Et si le hasard n’existait pas ?
 
Notre lecture du monde va changer.
Une nouvelle page de l’histoire de l’humanité s’écrit.
Le récit, dont nous sommes les personnages et dont nous sommes, dont nous pourrions être également les auteurs, se développe, se déploie.
Aujourd’hui le devenir de la lecture semble déterminé par l’industrie du divertissement de masse, mais des auteurs, des chercheurs, des pionniers et des aventuriers, des résistants, des révolutionnaires voient plus loin et préparent l’après…
De quoi nous entretenions-nous tous les cinq ce vendredi ?
Le rapport espace métrique / espace numérique reconfigure notre carte mentale, nos repères spatio-temporels se trouvent modifiés.
Nous nous entretenions des rapports entre les "avatars biologiques", que nous sommes tous, et, nos "avatars numériques". Des rapports entre ces avatars et les personnages de fictions. Du rapport entre la fiction et la réalité. Du… De… De beaucoup de choses.
En fin de compte : de prospective du livre peut-être, dans le sens où elle exprime une défense de la liberté d’esprit des auteurs et des lecteurs, où elle repositionne le passage de l’édition imprimée à l’édition numérique dans la phylogenèse.
 

jeudi 16 février 2012

La Prospective du livre comme miroir de l'avenir de la lecture

Actualitice, le site de débats et d'actualité, proposé par l’équipe de Microsoft Education France et l’agence de presse spécialisée sur l’éducation AEF, et consacré aux technologies de l’information et de la communication dédiées à l’enseignement, m'a récemment accueilli sur ce thème : La prospective du livre miroir de l’avenir de la lecture.
L'occasion pour moi de rappeler certains points essentiels qui fondent la prospective du livre.

Extraits

"L’innovation a toujours été motrice dans l’humanité, tant pour l’invention des écritures, que pour le perfectionnement des dispositifs de lecture. Pensons un instant aux sauts technologiques qu’ont été pour nos ancêtres le passage des tablettes d’argile aux rouleaux de papyrus, puis celui des rouleaux aux codices (pluriel de codex), le livre sous la forme que nous lui connaissons encore [...]
Depuis l’été 1971, et la numérisation d’un premier texte par Michael Hart à l’Université d’Illinois aux États-Unis, acte fondateur qui allait préluder au lancement du Projet Gutenberg, première bibliothèque numérique d’ouvrages du domaine public, nous sommes dans une période de mutation aussi capitale, voire davantage encore, que celle des décennies des premiers livres imprimés (les incunables : 1450-1501). [...]
Ces faits nous invitent à repenser la lecture au-delà du livre. Il nous faut concevoir les interfaces de lectures de la fin de ce siècle, à la confluence de l’Internet des objets, de la réalité augmentée et de l’intelligence artificielle. Il nous faut imaginer la lecture dans les décennies à venir, comme une activité autre que celle que nous pratiquons depuis le passage [...]  de la lecture à haute voix, à celle, silencieuse, à laquelle nous sommes habitués. [...]
Dans ce contexte, nous pouvons définir la prospective du livre comme étant l’étude des évolutions et des mutations des livres, conçus en tant que dispositifs de lecture [...]
La prospective du livre, telle que je l’ai conceptualisée depuis 2007 et la publication de Gutenberg 2.0, le futur du livre, se développe dans une perspective transhistorique [cf. illustrations], qui cherche à mettre en parallèle les évolutions passées avec ce que nous vivons aujourd’hui. [...]
Cet « à venir » nous surprendra certainement. Avec les évolutions des technologies d’affichage, le développement de la 3D et de solutions informatiques qui intègrent la lecture dans un environnement hybride, réel et virtuel à la fois, les récits et les fictions de demain ne s’inscriront plus sur du papier imprimé, mais dans des représentations qui pourront peut-être rivaliser avec ce que nous percevons aujourd’hui comme étant, soit du domaine de la réalité, soit de celui de notre imaginaire. C’est notamment dans cette perspective que depuis janvier 2012, dans le cadre du projet MétaLectures, une équipe francophone cherche sur le web 3D de nouvelles pistes pour expérimenter des solutions innovantes dans l’univers du livre et de la lecture..."



lundi 13 février 2012

Se former à l'édition du 21e siècle...

J'invite les lectrices et lecteurs de ce blog à venir me retrouver ce samedi 18 février 2012 à Tours, pour la Journée Portes Ouvertes de l'ESTEN (Ecole Supérieure des Techniques d'Edition Numérique).
- Rdv à l'Institut de Touraine, 1, rue de la Grandière - 37000 TOURS, 09H00-18H00 (dans le centre de Tours, pas loin de la gare SNCF).
  
J'y serai présent pour rencontrer les étudiants et futurs étudiants de l'école et leurs familles, discuter avec eux de l'avenir du livre et de son marché, et présenter de brèves conférences d'introduction à la prospective du livre...


 

dimanche 12 février 2012

Semaine 06/52 : Le Livre Absolu

Durant l’année 2012 j’ai décidé de publier ici même chaque semaine un billet exprimant mon ressenti personnel sur la semaine précédente, dans la perspective, bien évidemment, des problématiques de la prospective du livre et de l’édition.
Ce post est donc le 06/52.
    
Pour la première fois de cette année c’est un fait dont j’ai modestement été l’acteur que je retiendrai comme marqueur de la semaine écoulée.
 
Je veux parler du lancement, ce vendredi 10 février 2012, sur le web 3D, de l’incubateur MétaLectures, conçu comme un environnement immersif pour présenter, expérimenter et développer des solutions innovantes dans l'univers du livre et de la lecture francophones.
Cette soirée a réuni pendant presque deux heures une trentaine d’internautes avatarisés de toute la France, et l’événement a pu également être suivi en vidéo live streaming par des dizaines d’autres.
A cet auditoire attentif l’artiste Anne Astier a présenté une rétrospective de ses recherches et de ses travaux antérieurs en lien avec le livre et le métavers, revenant entre autres sur ses précédentes performances en réalités mixtes, et elle a, pour la première fois en public, introduit le concept de livre quantique sur lequel elle travaille depuis plusieurs années (Lire le post : Introduction au Livre Quantique).
    
Ce type d’expérience (autour de la lecture), vécue et partagée à distance, pose pour moi une question cruciale : que se passe-t-il ?
   
Plusieurs lectures et réflexions m’éclairent.
Par exemple, le récent dossier de Joëlle Gauthier : Métaphysique et cyberespace, réalisé pour le "nt2" (Nouvelles Technologies Nouvelles Textualités - Le laboratoire de recherche sur les œuvres hypermédiatiques).
  
A mon sens, la "vision métaphysique" dont il est question, notamment si elle sert à métaphoriser le changement, et non à prophétiser, n’est pas tant que cela liée aux : « angoisses qui nourrissent l’imaginaire des technologies numériques ».
  
Il nous faut peut-être acquérir un nouveau langage pour lire le monde nouveau qui se développe sous nos yeux, et parvenir à une relecture du/des monde(s) ancien(s).
 
La métaphysique, dans sa dimension de métaphorisation, dans sa perspective symbolique, pourrait je pense nous y aider ( ?).
 
Ce travail de Joëlle Gauthier pose des questions essentielles cependant, qui se retrouvent à la croisée des chemins de la prospective du livre et de l’expansion du Méta-univers. Par exemple : « Lorsque nous utilisons les nouvelles technologies pour communiquer avec des gens à l’autre bout du monde, quelle est cette part de moi qui voyage jusqu’à eux ? Si nous dotons une machine de mémoire, devient-elle pour autant un double de l’individu ? Ces questions, loin d’être naïves, occupent encore aujourd’hui bon nombre de théoriciens et font l’objet de sérieux débats. ».
Cependant, comme le souligne Jenny Bihouise, un élément manque sans doute au puzzle du fait que le cyberespace demeure un concept abstrait, car il n’est conçu qu’en deux dimensions seulement, alors que : « Notre cerveau est conçu pour percevoir le monde en 3 dimensions ».
  
Psychosociologue de formation, dans son post récent : De l’humain augmenté par le web 3D, Jenny Bihouise, qui depuis 2009 s’est spécialisée dans le développement de projets de V-learning (virtual-learning) dans des univers numériques 3D et étudie leurs apports en termes de "sociabilité à distance", note le : « déficit de processus méthodologique dans le domaine de l’offre de solutions en matière de TICE en France ». Elle travaille en testant concrètement en situation des solutions techniques qui permettent de "virtualiser" une coprésence géographique, avec l’implication personnelle que cela sous-tend par rapport aux réseaux sociaux qui ne proposent que les services du web 2.0.
 
Pour moi, cela revient à dire qu’en fait nous passons probablement du cyberespace au métavers. D’un « ensemble de données numérisées constituant un univers d’information et un milieu de communication, lié à l’interconnexion mondiale des ordinateurs » (Le Petit Robert cité par Wikipédia), à un « monde virtuel, créé artificiellement par un programme informatique, [qui] héberge une communauté d'utilisateurs présents sous forme d'avatars pouvant s'y déplacer, y interagir socialement et parfois économiquement » (Wikipédia).
   
Avatars de chair et Livres de pierre
 
(Photo Claude Simmonet : Anne Astier, 10 février 2012, Expo MétaLectures)

Il est revenu au cours de cette passionnante soirée du 10 février l’expression « Avatar de chair », qu’Anne Astier a employé en se référent aux travaux de Yann Minh, présent parmi nous durant cette présentation. (Présentation durant laquelle, je le reprécise, nous étions une trentaine disséminés sur l’hexagone, mais rassemblés, écoutant et échangeant par le truchement d’avatars, que nous avions pu plus ou moins personnaliser en fonction de nos compétences, que nous déplacions et dirigions, qui bougeaient leurs lèvres lorsque nous parlions, etc., dans une coprésence singulière).
Cette notion d’avatar de chair pour nous désigner, nous autres êtres humains, je la rapprocherais de celle de « Livre de pierre ».
Livre de pierre, c’est ainsi que Victor Hugo désigne la cathédrale dans Notre-Dame de Paris.
 
Des livres de pierre (non seulement des cathédrales, mais, bien avant sur les parois des cavernes, puis les frontons des temples antiques…), aux livres de papier, nous passons aujourd’hui aux livres de pixels : la plus petite unité d’affichage.
Mallarmé l’avait prédit. « Au fond, voyez-vous, disait-il, le monde est fait pour aboutir à un beau livre » (Enquête sur l’évolution littéraire, 1891, Jules Huret, éd. Charpentier, 1891, Symbolistes et Décadents, p. 65).
Tout cela est lié, même si le lien ne m’apparaît pas encore clairement alors que je tape ces mots sur mon clavier. C’est le même sillon, le même fil d’une unique bobine, la même ligne, en tous cas le même texte, la même histoire : la nôtre.
  
La synesthésie, telle qu’elle semble vouloir se présenter dans les travaux de Vincent Mignerot (lui aussi présent parmi nous ce 10 février 2012) dans son Projet Synesthéorie, pourrait peut-être nous permettre de mettre de l’ordre dans ce qui peut nous apparaître chaotique. « Ce projet, précise Vincent Mignerot, ambitionne, au moyen d'un support théorique et de l'étude approfondie de nos capacités de compréhension du réel de proposer de nouveaux moyens d'analyse de notre monde, afin d'appréhender mieux notre histoire passée et notre devenir. ».
  
Du lecteur au personnage sur la scène du monde

  
L’avatar de chair, lecteur du livre de pixels, nous met dans les pas de nos ancêtres et place la phase de mutation que nous vivons actuellement au même niveau que celles de l’acquisition du langage articulé, puis de l’invention des écritures.
 
Il est certain que les livres numériques homothétiques ne sont qu’un épiphénomène sans avenir (et du coup nombre de nouveaux éditeurs également).
Le véritable enjeu n’est pas au niveau du marché du livre (excepté pour celles et ceux pour qui le commerce prime sur la lecture), mais au niveau de l’articulation que figure la période des e-incunables (1971-2022 ?).
 
Le Projet Prospectic, lancé en 2009 par Jean-Michel Cornu, et malheureusement au point mort, consistait : « à créer une île virtuelle pour aider à mémoriser les différents concepts issus des nouvelles technologies (nanotechnologies, biotechnologies, informatique, neurosciences, sciences cognitives, sciences de la complexité, énergie...). Il s'agit de se promener parmi les "lieux de mémoire" de l’île ou même d'organiser des visites guidées. Mais surtout, il s'agit de tester l'utilisation du mode de pensée cartographiée en organisant des échanges sur les enjeux des technologies qui puissent prendre en compte la multiplicité et la diversité des idées apportées par chacun. »
Comment ne pas mettre cela en parallèle avec les arts de la mémoire, et notamment l’ouvrage de Frances Yates (The Art of Memory, édition française chez Gallimard), mais également avec les pistes chantées des aborigènes australiens - (re)lire Le chant des pistes, de Bruce Chatwin (Grasset éd. 1988).
  
Notre trajet en commun (comme l’on parle de transports en commun) va de ces cartes chantées, puis contées (les rapsodes, trouvères et troubadours…), à celles tracées, imprimées, et aujourd’hui pixellisées sur les écrans de nos GPS. Mais il s’agit toujours de cartes que nous lisons, pour déchiffrer le territoire qui nous environne et pour nous orienter.
 
Dans son essai paru en 2008 aux éditions Actes Sud, L’espèce fabulatrice, Nancy Houston, explicite comment nous ne sommes tous que les personnages de nos vies, « La spécificité de notre espèce, écrit-elle, c’est qu’elle passe sa vie à jouer sa vie ». Mais elle avance aussi l’hypothèse qu’il n’y aurait ainsi « aucune frontière étanche entre "vraie vie" et fiction ; chacune nourrit l’autre et se nourrit de lui. […] La persona [masque, personnage] est tout bonnement la façon humaine d’être au monde. ».
  
Comment garder la main sur l’écriture de notre histoire, alors que nous perdons l’écriture manuscrite et avons déjà perdu la calligraphie, que Stravinsky considérait comme "la musique des mots" (retour à la synesthésie).
  
Lecture et écriture sont intimement liées, et le passage de l’édition imprimée à l’édition numérique que nous traversons, impacte autant l’une que l’autre.
L’édition augmentée d’animations audio pourrait-elle compenser une perte de la musique des mots ? (Voir : Retour à une lecture hallucinatoire ?) 
   
Aujourd’hui, les dispositifs technologiques (entre autres de l’écriture multimédia et de sa diffusion multicanal multisupport) sont de plus en plus complexes, particulièrement aux générations immigrantes du numérique, et sans doute que durant le siècle prochain les codeurs programmeurs seront les nouveaux auteurs et les autres, les lecteurs, ou les personnages de leurs créations hypermédiatiques. (La téléréalité en aura, peut-être, été un signe précurseur ?)
  
De quelle histoire, nous, avatars de chair, sommes-nous les personnages ?
Comment articuler le passé à l’avenir ?
Comment s’orienter ?
Que s’est-il passé en vérité le soir du 10 février 2012 ?

lundi 6 février 2012

Introduction au Livre Quantique

"Introduction au Livre Quantique" est le sous-titre de l'intervention que la pionnière des arts numériques, Anne Astier, donnera en ligne sur le web 3D ce vendredi 10 février 2012 à partir de 21H30, sur l'OpenSimulator FrancoGrid.

La soirée se déroulera sous la forme d'une exposition / conférence.
Exposition, car Anne présentera une rétrospective de ses recherches et de ses travaux antérieurs en lien avec le livre sur le métavers (monde immersif 3D sur le web).
Conférence, car elle commentera cette exposition, revenant entre autres sur ses précédentes performances en réalités mixtes et qu'elle introduira le concept de livre quantique sur lequel elle travaille depuis plusieurs années.

Le thème de cette présentation : "De la narration linéaire à la narration multidimensionnelle" s'inscrit bien dans les problématiques de la prospective du livre.

C'est la raison pour laquelle j'ai retenu ce thème et le travail d'Anne pour inaugurer sur le serveur Francogrid l'incubateur MétaLectures que j'ai lancé à titre expérimental le 1er janvier 2012.
  
MétaLectures c'est quoi ?

MétaLectures est le premier environnement web 3D immersif, pour présenter, expérimenter et développer des solutions innovantes dans l'univers du livre et de la lecture francophones.

Comment participer le 10 février ?

Pour s'enregistrer gratuitement et se connecter pour la première fois à FrancoGrid, suivre la procédure en 3 points indiquée ICI (En cas de besoin Documentation et aide FrancoGrid ICI.)

Invitation en ligne sur le site de
Tournicoton Art Gallery
Le site d'Anne Astier
Le blog de Métaversel, association dédiée aux réalités mixtes.
Le travail qu'Anne Astier développe depuis plusieurs années sur Second Life est toujours visitable en suivant ce "lien de téléportation". Dans une interview récente sur Lokazionel, Anne explique son choix de passer aujourd'hui de Second Life à FrancoGrid (lire ici : "Créer du lien entre le réel et le virtuel").
  
La notion de "réalité mixte" se réfère à la perméabilité du réel aux données numériques, et expérimente les passerelles entre les mondes physique et numérique (lire par exemple à ce sujet : De la réalité augmentée à la réalité mixte).
La notion de "quantique", appliquée aux livres et à la lecture, est au coeur des travaux d'Anne Astier. On peut certainement y trouver des parallèles avec, par exemple et entre autres, mon texte publié hier : D'une possible trans-littérature dans le récit transmédia. Il pourrait être aussi pertinent, si l'on songe à l'évolution des dispositifs et des interfaces de lecture, de s'intéresser aux recherches sur les ordinateurs quantiques (lire par exemple à ce sujet : L'ordinateur quantique va révolutionner l'informatique).
L'air de rien cette soirée pourrait être importante pour la prospective du livre...
  

dimanche 5 février 2012

Semaine 05/52 : d’une possible trans-littérature dans le récit transmédia

Durant l’année 2012 j’ai décidé de publier ici même chaque semaine un billet exprimant mon ressenti personnel sur la semaine précédente, dans la perspective, bien évidemment, des problématiques de la prospective du livre et de l’édition.
Ce post est donc le 05/52.
                          
Ces dernières décennies, le cinéma, puis les séries télévisées, ont renouvelé les formes narratives. Plus récemment la bande dessinée (documentaire, de reportage, et dans ses passerelles avec le roman graphique), et les jeux vidéos – puis certainement de plus en plus demain la BD numérique, dessinent également d’autres formes d’expression, passant par la digitalisation et les canaux d’une diffusion multicanal et multisupport.
   
Le fait qui cette semaine a retenu mon attention, par rapport au destin du livre et de la lecture, est ainsi l’information suivante : « Inspirée par le succès du Connected Creativity au MIPTV en 2011, la première édition du MIPCube ouvrira ses portes à Cannes le vendredi 30 mars [2012] pour deux jours de rencontres et de Live Learning. Orchestré en amont du MIPTV (du 1er au 4 avril), le MIPCube réunira les « architectes du futur » de la télévision dans le but d’explorer les innovations décisives pour l’avenir de cette industrie. » (Source TransmédiaLab).
Le FIPA (Festival International des Programmes Audiovisuels) qui s’est déroulé lui à Biarritz du 23 au 29 janvier dernier, a été traversé par cette ombre numérique.
France télévisions, entre autres, est dotée d’une direction du transmédia et des nouvelles écritures.
C’est tout dire.
Mais qu’est-ce à dire, sinon que les récits et les fictions de demain ne s’inscriront plus sur du papier imprimé, mais dans des représentations pouvant rivaliser avec ce que nous percevons comme étant du domaine de la réalité.
    
Un monde en développement…
  
Une nouvelle fois des questions multiples surgissent de toutes parts face à cette extension du réel.
Les codeurs développent-ils le monde, en rendant certaines de ses facettes accessibles à nos sens physiques par le truchement d’interfaces numériques ?
Pouvons-nous parler d’un "territoire digital", ou bien devons-nous parler de "territoires digitaux" ? Et serait-ce une possible définition d’Internet, tout simplement, du Net ? (Ou bien s’agit "d’autre chose" ?).
  
Nous devons je pense garder en tête la bonne distinction basique entre hardware et software, et veiller à bien faire la part des outils et des portes d’accès, de ce qui relèverait dans les faits, l’expérience, de nouveaux territoires. (L’on voit parfois le terme de far-web, déjà repris par le marketing, mais qui peut, nonobstant, s’insérer dans des réflexions pertinentes, par exemple cette semaine : De la conquête du far-web à celle du near-me, par Olivier Ertzscheid.)
  
Nous devons aussi savoir que ce sont des pairs qui codent ce qui nous apparaît sous la forme de nouveaux territoires, des espaces virtuels porteurs d’informations et de fantasmes, qui influencent nos destinées et régulent notre activité cérébrale. Qui sont-ils ? Où sont-ils ? Savent-ils ce qu’ils font ? Qu’est-ce qui, ou qui, dictent leurs choix ? Ont-ils le choix ? Etc.
  
Je pense que nous aurions tort de ne pas nous poser ces questions, de ne pas les poser ouvertement et en répandre la légitimité, et de ne pas y exiger des réponses probantes.
 
Nous allons, par exemple, vite être surpris par l’essor des jeux pervasifs (environnement pervasif), jeux qui intègrent l’environnement physique du joueur-utilisateur comme vecteur de son expérience vécue dans le jeu. Outils de géolocalisation, Internet des objets, réalité augmentée, en sont pour l’instant les premières portes d’accès. (Lire sur ce sujet : Rémi Sussan : « Quand le jeu sort de l’écran ».)
  
Il s’agit déjà en somme d’aller vers une expérience d’autofiction transmédia.
   
Nous sommes le Livre
   

Les premières définitions du transmédia ne me conviennent guère.
  
Il faut être prudent à l’égard des définitions qui nous enferment dans un cadre et peuvent nous empêcher d’explorer d’autres voies.
  
Longue, la définition proposée par le TransmediaLab permet cependant de cerner le périmètre : « Le Transmedia consiste à développer un contenu narratif sur plusieurs media en différenciant le contenu développé, les capacités d’interaction (engagement) en fonction des spécificités de chaque media. A la différence du crossmedia ou du plurimedia qui décline un contenu principal sur des medias complémentaires, le transmedia exige un récit spécifique sur chaque media et donne la possibilité au public d’utiliser différents points d’entrée dans l’histoire (circulation de l’audience). » (Source).
  
Pour un article à paraître j’ai récemment réfléchi, pour aboutir à cette définition qui ne me convient également pas : « Dans ce modèle une même fiction se développe simultanément sur différents supports (tablettes de lecture, smartphones, TV connectées, consoles de jeux vidéos...) en développant différemment sur chacun le contenu, en fonction de ses spécificités et des possibilités d'interactions qu'il permet. Chaque support devient alors pour le lecteur un point d'entrée différent pour une plus grande immersion dans l'histoire. »
    
Le 31 janvier, dans "Images du corps interfacé", Rémi Sussan a exposé un panorama des premières hybridations perceptibles du corps humain immergé dans ce bain de données numériques qui brouillent les limites du physique. « Il s’agit aujourd’hui […] de reconstruire notre conception du corps en envisageant celui-ci avant tout comme un médiateur, une interface. ». 
  
Le lecteur, souvent devenu (télé)spectateur, pourrait, en devenant joueur, devenir acteur. 
  
En passant de l’édition imprimée à l’édition numérique nous ne pouvons pas encore savoir dans quelle mesure une survivance littéraire, ici baptisée "trans-littérature" perdurera (ou s’épanouira ?) dans le récit transmédia.
Mais nous allons accéder à un nouvel ordre symbolique.
Il me faut encore cependant, j’en ai bien conscience, éclaircir nombre de points. Notamment dans les semaines à venir. Car je cherche aussi, en effet, à être un bon petit père pour mes lecteurs, nourrissons de Zeus.

(Illustration peinture : tableau "Le philosophe" André Marin de Barros.)